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Le degré de « servitude volontaire » d’un peuple se lit surtout dans son mépris de la force et de l’audace de penser par soi-même. « Libérez la liberté ! » Cet impératif catégorique de Pierre-Claver Akendengué est chanté et dansé par les uns, moqué par les autres. Bien qu'il soit musicalisé, il suscite moins la danse que la méditation.
L'agitation observée cette semaine donne à penser que l’impératif « libérez la liberté » n'a été compris qu’inadéquatement, autrement dit partiellement. Les regards se sont plus portés sur la « liberté civile » donc collective que sur « la liberté individuelle ». Alors que cette dernière conditionne la première. Que l'on soit gouvernant ou gouverné, la première des tyrannies est celle des passions qui se livrent bataille en chacun. Ceci se traduit par la facilité avec laquelle certains délèguent leur pouvoir (liberté) de penser à des « directeurs de conscience » qui pensent à leur place. Ainsi pataugent-ils dans le ON : « on a dit, il paraît que… ». Obnubilés par le sensationnel, certains de ces directeurs de conscience « étaient » à Riyad, et « sont » à présent à Londres... ils savent tout et voient tout ! Comment l’altération (fondée ou non) de l'état de santé d’autrui peut-elle être célébrée avec autant de démesure ? Comment se fait-il que souhaiter la mort de son adversaire devienne une composante du projet de société de certains ? Cette façon de procéder « n'est pas digne d'un peuple considérable ! » Car tout « peuple considérable » libère d’abord sa liberté de l’emprise des passions pour exprimer la noblesse de la nature humaine, à savoir la raison. Celle-ci, nous amène à ne pas rire du malheur de l'autre, mais à comprendre. Comprendre pour agir différemment. Car ce qui est pris pour une libération peut être le début d'une servitude sans précédent. En affirmant que "l'excès de liberté ne peut tourner qu'en excès de servitude", Platon a vu juste.