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  • : MASSIMA LOUWOUNGOU
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  • : Cette page se propose, entre autres, de traiter des sujets d’actualité, de Philosophie, de religion, d'Histoire, de la Justice Pénale et de culture générale.
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  • Gabonais d'origine africaine, MASSIMA LOUWOUNGOU vit actuellement entre Poitiers et Bordeaux où il gravit sa « montée rude et escarpée ».
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23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 10:40

Intitulé de l’unité d’étude (UE6) Parcours : Philosophie cognitive (philo/philo 2)

Sujet étudié : « Corps, affects et cognition »

Jour et horaire : jeudi, 14h-16h

Niveau d’étude : Licence 3

Descriptif

Qu’est-ce que la philosophie cognitive ? En toute rigueur, par « philosophie cognitive », on entend moins « la philosophie de la connaissance » qu’une réflexion philosophique sur les structures cognitives et leur complexité. Elle se pose comme un regard philosophique sur l’interdisciplinarité des sciences relative au processus de traitement de l’information ; c’est-à-dire la manière dont tout individu (humain, animal, machine) persévère dans son être, donc élabore des stratégies d’adaptation par rapport à son milieu. Il s’agit plus précisément de la compréhension des aptitudes cognitives des individus : en tant que telle, la philosophie cognitive n’est pas réductible à la « philosophie de la connaissance », mais s’étend aux différentes fonctions de connaissance (comme l’attention, l’apprentissage, le langage, la perception, la mémoire, les affects, les fonctions exécutives – prise de décisions, résolution des problèmes –). Autrement dit, réduire la philosophie cognitive à « la philosophie de la connaissance » renferme le risque de ne pas saisir la pertinence de cette discipline : on risquerait, par exemple, de se limiter à la distinction de la science et de l’opinion. Ainsi, dans une philosophie comme celle de Spinoza, on se contenterait de mettre en évidence les « trois genres de connaissances », sans prendre en compte les structures cognitives de tout individu. Ce qui ne nous avancerait pas du tout, surtout si notre ambition est moins de souligner le meilleur genre de connaissance que de comprendre ce qui, dans un individu, participe à l’élaboration de telle ou telle réflexe cognitif. Schématiquement : quelles sont les facultés mobilisées dans la construction cognitive et, quelles sont celles qui sont mises en évidence dans les cas de déficiences cognitives.

Toutefois, au cas où l’on serait tenté de définir la philosophie cognitive par « philosophie de la connaissance », il faudrait aussitôt préciser qu’il n’est pas question d’exposition des théories de la connaissance, mais de la connaissance aussi bien des procédés de formation, de conservation et de perte d’information que des fonctions exécutives, réactives par rapport à des situations données.

En somme, la philosophie cognitive, c’est à la fois la contribution que la philosophie apporte par rapport aux questions liées à la cognition, et la lecture critique qu’elle déploie sur les apports d’autres disciplines (anthropologie, intelligence artificielle, neurosciences, philosophie de l’esprit, psychologie, etc.) sur ces mêmes questions.

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A travers son intitulé, « corps, affects et cognition », ce cours a pour ambition de démontrer le rôle du corps et des affects dans la cognition. Ce rôle a souvent été négligé, méconnu sous l’effet d’une certaine lecture des textes de la philosophie antique et moderne. Les propositions platoniciennes affirmant, par exemple, que « le corps est le tombeau de l’âme », que « philosopher c’est apprendre à mourir », autrement dit que l’acquisition de la connaissance implique un délaissement du corps au profit de l’âme. Ainsi, en se définissant moins par son corps que par son âme, Descartes fait siennes, les affirmations de Platon sur ce point :

Je suis une chose qui pense, ou une substance dont toute l’essence ou la nature n’est que de penser. Et quoique peut-être (ou plutôt certainement, comme je le dirai tantôt) j’aie un corps auquel je suis très étroitement conjoint; néanmoins, parce que d’un côté j’ai une claire et distincte idée de moi- même, en tant que je suis seulement une chose qui pense et non étendue, et que d’un autre j’ai une idée distincte du corps, en tant qu’il est seulement une chose étendue et qui ne pense point, il est certain que ce moi, c’est-à-dire mon âme, par laquelle je suis ce que je suis, est entièrement et véritablement distincte de mon corps, et qu’elle peut être ou exister sans lui[1].

Par rapport à cette mise à l’écart du corps dans la constitution du savoir, certains penseurs n’ont pas manqué de réhabiliter le rôle du corps et des affects dans le processus cognitif : c’est le cas de Spinoza. Dans le Scolie de la Proposition 39 d’Éthique, IV, Spinoza parle de ce que nous appelons : « la mort sensible » ou encore « la mort affective » d’un intellectuel, le poète espagnol.

Car je n’ai pas l’audace de nier que le corps humain, quoique subsistent la circulation du sang et d’autres choses qui font, croit-on, vivre le corps, puisse néanmoins échanger sa nature contre une autre tout à fait différente. Car aucune raison ne me force à penser que le corps ne meurt que s’il est changé en cadavre ; bien mieux, l’expérience elle-même semble persuader du contraire. Car il arrive parfois qu’un homme pâtisse de changements tels que j’aurais bien du mal à dire qu’il est le même, comme j’ai entendu dire d’un certain poète espagnol, qui avait été frappé par la maladie et qui, quoique guéri, demeura dans un tel oubli de sa vie passée qu’il ne croyait pas que les Fables et les Tragédies qu’il avait faites fussent de lui, et à coup sûr on aurait pu le prendre pour un bébé adulte s’il avait aussi oublié sa langue maternelle[2].

En tant qu’elle ne permet plus au poète de poser une filiation entre ses œuvres antérieures et lui-même, cette mort affective n’est rien d’autre que l’amnésie. Biologiquement, le poète est bien vivant (il respire, il parle, vaque à ses occupations, son organisme fonctionne), mais sur le plan affectif, est-il toujours le même ? Sûrement pas, nous dit Spinoza. Alors qu’est-ce que ce corps a perdu, autrement dit comment s’explique cette mutatio de sa nature initiale en une autre ? Et par voie de conséquence, qu’est-ce qui fait la nature d’un corps (est-ce sa structure et son fonctionnement biologique ou son affectivité) ? qu’est-ce qui fait d’un corps ce corps (donc distinct d’un autre) ? Telles sont autant de questions que soulève ce Scolie et que les sciences cognitives ne sont pas loin de se poser.

Aussi bien dans L’erreur de Descartes que dans Spinoza avait raison, Antonio R. Damasio démontre pourquoi les émotions méritent d’être classées parmi les fonctions cognitives du vivant. Et dans le cas du poète espagnol, son amnésie, donc l’oubli de sa vie passée s’explique en grande partie par son incapacité à être affecté par certaines réalités (par exemple, ses œuvres) avec la même intensité et la même fréquence qu’autre fois. Cette incapacité à se sentir « lié » au passé trouve son explication dans l’effacement des traces (vestiges) témoins de sa présence (passée) au monde et donc de son commerce avec les composantes du monde dans un temps révolu.

La perception, la mémorisation, l’oubli, le raisonnement, la prise de décision, la résolution des problèmes sont autant de phénomènes cognitifs constitutifs des préoccupations des sciences telles que les neurosciences, la psychologie, la philosophie de l’esprit, et tant d’autres.

Objectifs

- Susciter l’intérêt des étudiants en faveur des sciences cognitives et les habituer aux apports pluridisciplinaires sur la cognition.

- Faire naître chez les étudiants une culture pluridisciplinaire en science cognitive lui permettant d’avoir une lecture actuelle des questions relatives à la cognition.

- En plus de s’intéresser à la contribution de la philosophie dans l’élaboration de la science cognitive, l’ambition de ce cours est de présenter les problèmes, les concepts et les théories des sciences cognitives.

Articulations du cours

Introduction

  • Le statut du corps humain dans la philosophie de la connaissance.
  • Distinction entre philosophie de la connaissance et philosophie cognitive : en quel sens, la philosophie cognitive est plus que de la philosophie de la connaissance ?
  • Quel rôle, le corps et les affects jouent-ils dans la cognition ?

Première partie : Structure et complexité du corps humain

Chapitre 1 : L’individuation du corps

A/ La « pression des ambiants »

B/ Les trois sortes de corps et leur nature

Chapitre 2 : Les variations de la puissance corporelle

A/ Changement et conservation de la structure corporelle

B/ transformation et destruction de la structure corporelle

Chapitre 3 : L’imagination ou le corps comme mémoire

A/ impression et conservation d’images

B/ Le souvenir

C/ L’oubli

Seconde Partie : Structuration et déstructuration des affects

Chapitre 1 : L’origine des affects

A/ Affects primaires

B/ Affects secondaires ou sociaux

Chapitre 2 : L’organisation de la vie affective

A/ L’imitation affective : l’amour et la haine

B/ L’amplification des affects

D/ L’ambivalence des affects

Chapitre 3 : La perception affective du temps

A/ Temps présent, futur et passé

B/ L’individu à l’épreuve de l’oublie de sa vie passée : l’amnésie

Conclusion

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Bibliographie sélective

Descartes, Les passions de l’âme. Spinoza, Éthique, texte latin, traduction par Bernard Pautrat, Paris, Seuil, 1988 ; Paris, Points-Seuil, 1999. (2e, 3e et 4e parties). Changeux J.-P. et Ricoeur P., Ce qui nous fait penser. La nature et la règle, Paris, Odile Jacob, 2000. Damasio Antonio. R., L’erreur de Descartes. La raison des émotions, 1995, « Poches Odile Jacob », 2001 ; Le sentiment même de soi. Corps, émotions et conscience, 1999, « Poches Odile Jacob », 2002 ; Spinoza avait raison. Joie et tristesse, le cerveau des émotions, 2003, « Poches Odile Jacob », 2005. Gueroult Martial, Spinoza. II- L’âme, Paris, Aubier, 1974. Massima Louwoungou, L’individu, le corps et les affects : anthropologie et politique chez Spinoza, Thèse de Doctorat en Philosophie Moderne, Université Bordeaux Montaigne, 5 novembre 2013. 617 pages [en ligne] https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01151096/document (Lire la Seconde Partie, pp. 214-385). Sévérac Pascal, Le devenir actif chez Spinoza, Paris, Honoré Champion, 2005. (Chap. 3 à 6, pp. 133-437). Ueckert Hans et Al, La psychologie, Paris, Solar, 1977.

Calendrier des évaluations

Devoir sur table

Jeudi 3 décembre 2015

Exposés

Le 10 décembre 2015

Devoir de maison

A remettre IMPÉRATIVEMENT le mardi 26 novembre 2015 à

16H 15min AU PLUS TARD !

Sujet : « Quand nous nous efforçons à une chose, quand nous la voulons, ou aspirons à elle, ou la désirons, ce n’est jamais parce que nous jugeons qu’elle est bonne, mais au contraire, si nous jugeons qu’une chose est bonne, c’est précisément parce que nous nous y efforçons, nous la voulons, ou aspirons à elle, ou la désirons ». Expliquez et discutez ce propos de Spinoza.

Organisation des exposés

Groupes N°

Sujets d’exposé

Textes

Dates d’exposé

1

Perception et imagination chez Spinoza

Éthique, II, Proposition 14 31

10 décembre

2

Origines des affects et les mécanismes de l’amour et de la haine chez Spinoza

Éthique, III, Proposition 1 13

[1] Descartes, Méditations métaphysiques, 6e Méditation.

[2] Spinoza, Éthique, IV, Prop. 39, Sco.

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Published by MASSIMA LOUWOUNGOU
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